Quel rapport entre des rapports de transfert manquants et un ­château de Chillon de guingois?

Editorial
Édition
2021/12
DOI:
https://doi.org/10.4414/phc-f.2021.10628
Prim Hosp Care Med Int Gen. 2021;21(12):387

Publié le 30.11.2021

Chères et chers collègues,
Chérissez-vous le souvenir des planches à découper de notre enfance? Des maquettes en papier de Kybourg, de l’hélicoptère de la Rega ou du château de Chillon (www.modellbogen.ch)? Elles présentaient des lignes en pointillés et des lignes continues, les premières signifiant «plier ici», les secondes «découper ici». Ces pliures et ces découpages demandaient de la précision, de la concentration et de l’habileté dans le maniement du tube de colle, sinon le château de Chillon était de travers ou l’hélicoptère tombait en morceaux.
Il en va parfois exactement de même avec notre médecine moderne. Nous avons des maquettes toujours plus intelligemment conçues, en l’occurrence un fantastique progrès scientifique dans le diagnostic et la thérapie de toutes les affections possibles et imaginables. Mais, avec ce progrès et la multiplicité des ­acteurs impliqués dans le système de santé, les potentiels plis et recoupements se multiplient de manière presque exponentielle. J’ai parfois l’impression qu’éblouis par tous ces merveilleux acquis, nous n’accordons pas à ces recoupements l’attention nécessaire. Nous pensons que si la maquette est parfaitement dessinée, ce fâcheux problème du pli et du découpage se règlera de lui-même.
Que ceci relève de la pensée magique, voilà ce dont j’ai dû faire l’expérience il y a une vingtaine d’années, quand j’étais médecin assistante (à une époque où, soit dit en passant, il y avait beaucoup moins de recoupements qu’aujourd’hui). Je m’étonne encore que des trois exemplaires du rapport de transfert (un envoyé par fax au centre hospitalier, un autre à la société de transport, et le troisième remis en main propre au ­patient), aucun n’était destiné au médecin traitant. L’espoir que ce problème trouverait sa solution dans le passage de l’hôpital au cabinet, système plus lisible et moins complexe, a malheureusement été déçu. Une grande partie des recoupements a simplement migré de l’intérieur du système vers ses frontières externes.
Comment aborder cette réalité de la manière la plus constructive possible? Pendant toutes ces années, cette question n’a cessé de m’occuper. Comment éviter que des informations importantes se perdent ou deviennent indéchiffrables avant d’atteindre leur destinataire? En quoi consiste la «colle» permettant de lier les différentes parties de manière efficace, afin de constituer un tout logique et stable? En notre engagement personnel, en nos capacités de communication? Les questions structurelles, comme l’organisation de notre système de santé ou les solutions techniques telles que le dossier médical électronique, ne sont-elles pas plus décisives?
Je suis très heureuse que vous teniez entre vos mains ce numéro spécial de PHC, qui rassemble une grande variété de points de vue sur ces questions et invite à prolonger la réflexion et le débat. Quelles sont vos ­expériences avec ces problèmes de recoupements? Et quelles sont vos stratégies pour y répondre? ­Peut-être trouverez-vous dans l’imminente «recoupement des années», période qui depuis des millénaires incite les êtres humains à marquer une pause et à réfléchir, le calme et la distance nécessaires pour vous pencher sur ces questions. Car si nous n’accordons pas à ces problèmes de pli et de découpage ­l’attention qu’ils méritent, nous risquons de nous ­retrouver avec un édifice de guingois – comme le château de Chillon, mais avec des conséquences un peu plus lourdes.
C’est dans cet esprit que je vous souhaite du fond du cœur de joyeuses fêtes de fin d’année, ainsi qu’une lecture stimulante de ce numéro un peu particulier de PHC!
Dre méd. Alexandra Röllin Odermatt
FMH Allgemeine Innere Medizin
Gemeinschaftspraxis ­Brunnmatt
Brunnmattstrasse 63
CH-3007 Bern
alexandra.roellin[at]gmail.com

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