Prise en charge d’hommes ­victimes de violences conjugales
Un sujet avec peu de données ­spécifiques

Prise en charge d’hommes ­victimes de violences conjugales

Lehre
Édition
2020/06
DOI:
https://doi.org/10.4414/phc-f.2020.10204
Prim Hosp Care Med Int Gen. 2020;20(06):194-195

Affiliations
Etudiant-e-s en troisième année de bachelor de la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne

Publié le 02.06.2020

La violence conjugale, qu’elle soit physique, verbale, psychologique, sexuelle ou économique est une pro-blématique souvent associée aux femmes en tant que victimes. Néanmoins en 2017, en Suisse, 22% des vic-times étaient des hommes.

Introduction

La violence conjugale, qu’elle soit physique, verbale, psychologique, sexuelle ou économique est une problématique souvent associée aux femmes en tant que victimes. Néanmoins en 2017, en Suisse, 22% des victimes étaient des hommes [1]. 
Les lacunes dans la littérature et le peu de données ­spécifiques sur ce sujet nous ont amenés à ­explorer les différentes possibilités de prise en charge pour les hommes victimes de violences conjugales, ainsi que leurs éventuelles limitations.

Méthode

Notre étude est basée sur 11 entretiens semi-­structurés construits à partir d’une revue de littérature d’articles et de dépliants officiels. Notre échantillon comprenait des intervenants de ­diverses structures associées à la prise en charge des victimes de violence conjugale dans le canton de Vaud, telles que la fondation Malley-Prairie, le centre LAVI, la Police cantonale, l’Unité de médecine des violences (UMV/CHUV), le Centre de consultation psychiatrique les Boréales (CHUV), le Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes (BEFH), l’association Pharos à Genève ainsi qu’une sociologue, un ­psychologue et une procureure. 

Résultats

Toute personne victime de violences conjugales peut faire appel à plusieurs instances organisées en réseau (fig. 1), afin de garantir une prise en charge complète via une réorientation selon leurs besoins. Ce réseau est coordonné en termes de lutte et de prévention par le BEFH qui a publié, en 2018, un dépliant spécifique aux hommes victimes.
Figure 1: Vue d’ensemble du réseau de prise en charge disponible.
La Police est chargée de prendre les dépositions pour le procureur afin de débuter la procédure de poursuite d’office [2]; 20–30% de ces dossiers juridiques concernent des hommes victimes [3]. La proportion plus faible dans le reste du réseau pourrait témoigner de la réticence des hommes à faire appel aux instances d’aide disponibles, notamment à cause des risques de stigmatisation selon une étude de l’UMV [4]. Le centre LAVI, qui reçoit une fiche de la Police, s’appuie sur la Loi fédérale sur l’aide aux victimes d’infractions et propose une aide juridique, financière et psychologique aux victimes [5]. 
Les urgences hospitalières se chargent de rediriger les victimes vers l’UMV, où 12,5% des victimes de violences conjugales sont des hommes [4]. Cette proportion supérieure aux autres instances, qui nous ont relaté une proportion se situant plutôt entre 5 à 10%, peut s’expliquer par le caractère médico-légal non genré et plus neutre de la consultation. Le centre Malley-Prairie offre des consultations pour les hommes depuis printemps 2018 mais sans possibilité d’hébergement et il recense un faible nombre d’intéressés.
Un soutien psychologique et un suivi thérapeutique adapté au couple peuvent être obtenus au centre de consultation psychiatrique spécialisé en maltraitance familiale les Boréales (CHUV). Des thérapies systémiques en cabinet privé sont également disponibles pour tenter de rétablir une meilleure communication dans le couple. On remarque que malgré la demande, il n’existe pas de groupes de soutien spécifiques aux hommes.
Il ressort aussi de notre analyse que la prise en charge des victimes de violence conjugale est indépendante du genre, tant au niveau de la formation que de l’intervention au sein du réseau. Malgré cela, les hommes ­utilisent peu celui-ci et préfèrent avoir recours à leurs ressources personnelles.

Discussion

Nous avons pu constater que la prise en charge des hommes victimes variait peu de celle proposée aux femmes, mais avec une moindre utilisation des différentes ressources par ceux-ci. Les hommes pourraient être freiné à recourir à une aide à cause de la stigmatisation liée à la représentation sociale leur attribuant un statut de «dominant» et «d’homme fort». Il serait donc important de sensibiliser les professionnels à leur attitude face aux hommes victimes ainsi que promouvoir l’information dans la population pour favoriser un soutien des proches qui est primordial pour cette population. 
Nous tenons à remercier notre tutrice, Dre Claudia Mazzocato, pour son soutien et son aide ainsi qu’exprimer nos remerciements et gratitude à tous les intervenants de ce travail.
Jacques Gaume
Responsable de recherche
Privat-docent 
Service de médecine des addictions
Département de psychiatrie
Rue du Bugnon 23A
CH-1011 Lausanne
Jacques.Gaume[at]chuv.ch
1 Office fédéral de la statistique [En ligne]. Violence domestique [cite le 2 août 2019]. Disponible: https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/criminalite-droit-penal/police/violence-domestique.html 
3 Entretien avec Mme Hélène Rappaz, procureure du Ministère public central division affaires spéciales, 27 juin 2018. 
4 Romain-Glassey N, De Puy J, Abt M. Les hommes victimes de violence de couple. REISO Revue d’information Social et Santé [En ligne]. 12 mai 2016 [cité le 3 août 2019]. Disponible: https://www.reiso.org/articles/themes/genre/439-les-hommes-victimes-de-violence-de-couple 
5 LAVI, du 23 mars 2007 (Etat le 1er janvier 2019) (RS 312.5). Confédération Suisse [En ligne]. [Cité le 3 août 2019]. Disponible: https://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/20041159/index.html 
©, Randy DuBurke

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